Stéthoscope symbolisant les études de médecine et la réforme PASS/LAS 2027

Réforme PASS/LAS 2027 : la voie unique d’accès aux études de santé

Le gouvernement a dévoilé, le 17 avril 2026 lors d’une conférence de presse à l’Université Paris Cité, les grandes lignes de la future réforme de l’accès aux études de santé. Portée par Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, et par Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes Handicapées, cette réforme doit remplacer le système PASS/LAS par une voie unique à compter de la rentrée universitaire 2027. Elle fait suite à la concertation nationale lancée le 20 octobre 2025 et au vote, le même jour, d’une proposition de loi sur les formations en santé adoptée par le Sénat.

De la PACES au PASS/LAS : pourquoi une nouvelle réforme

L’accès aux études de santé a déjà été profondément remanié en 2020. La PACES (première année commune aux études de santé), jugée trop sélective et anxiogène, a été remplacée par deux voies d’entrée coexistantes : le PASS (Parcours d’Accès Spécifique Santé) et les LAS (Licences avec Accès Santé), déployées sur l’ensemble du territoire.

Cinq ans après, le bilan officiel est en demi-teinte. Dans leur communiqué du 20 octobre 2025, les ministères décrivent un dispositif « complexe », diversement appliqué selon les universités et difficile à lire pour les lycéens et leurs familles. L’Académie nationale de médecine, dans un avis publié le 14 avril 2026, a elle-même qualifié le modèle actuel d’« excessivement complexe » et « incompris de la société dans son ensemble ». C’est ce constat partagé qui motive la refonte annoncée.

Une voie unique à la rentrée 2027 : ce que prévoit le gouvernement

À partir de la rentrée 2027, les bacheliers souhaitant s’orienter vers les études de santé devront passer par une voie unique d’accès, issue de la fusion du PASS et des LAS. Cette première année, qui n’a pas encore reçu de nom officiel (les communiqués évoquent une « licence orientée santé »), sera proposée sur Parcoursup dès la campagne 2027.

Sur la plateforme, les candidats formuleront un vœu principal pour cette première année unique, assorti de sous-vœux disciplinaires correspondant à la matière majeure qu’ils souhaitent suivre en complément des enseignements de santé. Le modèle vise à homogénéiser les modalités d’accès dans toutes les universités, l’un des principaux griefs adressés au dispositif actuel.

La proposition de loi adoptée par le Sénat le 20 octobre 2025 fixe une date butoir pour l’entrée en vigueur de cette voie unique : le 1er septembre 2027 au plus tard. Le texte prévoit également, à l’horizon 2030, l’ouverture d’une première année d’accès aux études de santé dans chaque département, afin de renforcer l’équité territoriale.

Une première année structurée en trois blocs

L’architecture pédagogique annoncée repose sur trois blocs d’enseignements équilibrés, qui devront tous être validés pour prétendre aux filières de santé :

  • un bloc santé (environ 24 à 30 ECTS) regroupant les connaissances spécifiques fondamentales communes à l’ensemble des formations de santé, avec un programme allégé par rapport au PASS actuel ;
  • un bloc disciplinaire (environ 24 à 30 ECTS) composé d’enseignements issus des licences contributives : biologie, physique, chimie, mais aussi sciences humaines, droit, économie ou sciences infirmières selon le parcours choisi ;
  • un bloc transversal (environ 6 à 12 ECTS) consacré aux compétences psychosociales, à la communication, à l’éthique et aux méthodologies universitaires.

La proportion quasi équivalente entre enseignements santé et enseignements disciplinaires est l’une des nouveautés revendiquées par le gouvernement : elle doit permettre à l’étudiant qui n’accède pas à une filière de santé de poursuivre son cursus en deuxième année de licence dans sa discipline majeure, sans interruption.

Deux chances pour candidater, un redoublement encadré

Le nouveau modèle conserve le principe des deux chances introduit en 2020 : un étudiant pourra candidater aux filières de santé en fin de première année et, s’il n’est pas admis, en fin de deuxième année de licence. Le classement sera fondé « sur l’ensemble du parcours académique », c’est-à-dire sur les notes obtenues aussi bien dans le bloc santé que dans le bloc disciplinaire.

Changement notable par rapport au PASS : le redoublement de la première année redevient possible, une fois. Cette deuxième inscription ne donne cependant pas droit à une chance supplémentaire immédiate ; pour retenter la sélection, l’étudiant devra passer en deuxième année de licence. Les épreuves orales terminales, qui avaient pu créer un sentiment d’hétérogénéité entre universités, sont par ailleurs supprimées selon les premières maquettes communiquées par le ministère.

Les filières concernées : médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie, kinésithérapie

La voie unique s’adressera aux cinq filières communément désignées par l’acronyme MMOPK :

  • Médecine
  • Maïeutique (sage-femme)
  • Odontologie (chirurgie dentaire)
  • Pharmacie
  • Kinésithérapie (masso-kinésithérapie)

Comme aujourd’hui, l’admission en deuxième année de ces filières restera contingentée par des capacités d’accueil fixées en lien avec les besoins de santé du territoire, dans le prolongement de la loi dite « Neuder » de juin 2025 qui lie désormais les quotas régionaux aux besoins identifiés par les agences régionales de santé.

Mesures spécifiques : pharmacie, passerelles et territoires

Plusieurs dispositions complètent l’architecture générale. Face à la persistance de places vacantes en pharmacie, la proposition de loi autorise, à titre expérimental, une admission directe en première année via Parcoursup pour les candidats souhaitant se destiner exclusivement à cette filière. Selon le texte sénatorial, cette voie pourra concerner jusqu’à un tiers des places disponibles.

Les passerelles sont également renforcées. Les titulaires d’une licence complète (bac+3) et les professionnels paramédicaux justifiant de trois années d’exercice pourront rejoindre plus facilement les études de santé. La proposition de loi prévoit aussi la création de quatre statuts homogènes pour les maîtres de stage, incluant formation obligatoire, agrément et rémunération, ainsi que des mesures d’accueil des étudiants de quatrième année dans les zones sous-denses.

Un calendrier contesté : les doyens demandent un report à 2028

La faisabilité de la rentrée 2027 est cependant discutée. Dans un courrier adressé le 25 mars 2026 aux ministères concernés, la Conférence des doyens de médecine, présidée par la professeure Isabelle Laffont, a demandé un report à la rentrée 2028. Les doyens jugent le calendrier « irréaliste » et la réforme « non soutenable financièrement et à haut risque » en l’état, rappelant que le nombre d’étudiants en médecine a augmenté de 18,5 % entre 2019 et 2022 sans progression équivalente des effectifs enseignants.

Le 7 avril 2026, le réseau des vice-présidents commissions de la formation et de la vie universitaire (CFVU) a confirmé publiquement l’impossibilité d’appliquer la réforme dès septembre 2027, évoquant la nécessité de finaliser les maquettes pédagogiques dès novembre 2026 pour tenir ce calendrier. L’Académie nationale de médecine, dans son avis du 14 avril 2026, s’est également prononcée pour un report à 2028 tout en soutenant le principe d’une voie unique. La Conférence des doyens avait, de son côté, quitté les groupes de travail ministériels le 25 novembre 2025, estimant la méthode gouvernementale trop « directive ».

Plusieurs universités ont néanmoins commencé à expérimenter des formats proches du modèle annoncé. À l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ), une voie unifiée baptisée « One LAS » est déployée dès la rentrée 2026 pour préfigurer le futur dispositif national.

Ce qui reste à préciser

Plusieurs paramètres n’ont, à date, pas été tranchés. Parmi les points encore en discussion :

  • le nom officiel de la nouvelle licence ;
  • le volume horaire exact de chaque bloc et la liste complète des licences contributives ;
  • les modalités d’interclassement entre disciplines et entre universités ;
  • le budget de la réforme, le gouvernement ayant évoqué un accompagnement « au cas par cas » sans montant chiffré ;
  • les règles transitoires pour les étudiants actuellement engagés en PASS ou LAS.

Les textes réglementaires d’application — décrets et arrêtés — sont attendus dans les prochains mois. Leur publication conditionnera la capacité des universités à finaliser leurs maquettes pédagogiques et à informer précisément les lycéens de la promotion 2027, qui découvriront leurs vœux Parcoursup dès décembre 2026.

Sources

  • Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, communiqué du 20 octobre 2025, « Réforme de l’accès aux études de santé : lancement d’une concertation nationale » (enseignementsup-recherche.gouv.fr)
  • Sénat, fiche « La loi en clair » sur la proposition de loi Formations en santé, adoptée le 20 octobre 2025 (senat.fr)
  • L’Étudiant, « Pass/LAS, c’est fini : place à une licence santé dès 2027 » et « Une réforme dans la réforme inapplicable pour 2027 alertent les doyens de médecine »
  • Le Quotidien du Médecin, « Réforme de la première année : exit le système PASS/L.AS, vive la licence orientée santé dès 2027 »
  • Communiqué de l’Académie nationale de médecine du 14 avril 2026

Article mis à jour le 19 avril 2026. Les modalités définitives de la réforme seront précisées par les textes réglementaires à paraître.